Normand, Lise-Anne - 1991 -

La relation entre la cohérence sémantique et des indices de psychopathologie.

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC

MÉMOIRE PRESENTÉ À L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE EN PSYCHOLOGIE

 

Cette section présente les principaux résultats obtenus dans la présente. Elle examine les limites et les contributions de la recherche et précise un certain nombre d'hypothèses qu'il serait intéressant de vérifier par la poursuite de recherches ultérieures.

Retombées théoriques

Les théories cognitives (Beck, 1976 ; Kelly, 1955; Epstein, 1980) supportent la notion que l'individu doit posséder une structure cognitive pour transiger avec son environnement. Cette structure cognitive permet l'élaboration d'une représentation de soi et des autres personnes. L'incohérence dans ces représentations serait associée à la psychopathologie. La présente étude postule que le manque de cohérence dans l'ordre des réponses à un questionnaire, concernant l'image de soi et de personnes significatives, est associé à la psychopathologie.

Cohérence et psychopathologie

L'hypothèse initiale de cette étude, qui établit une relation négative entre la cohérence sémantique et les indices du MCMI, est supportée par douze corrélations négatives. Quatre échelles de personnalité démontrent une relation positive, mais plus faible, avec la cohérence sémantique.

Les douze corrélations négatives concernent six troubles de la personnalité: la personnalité schizoïde, la personnalité évitante, la personnalité dépendante, la personnalité passive-agressive, la schizotypie et l'état-limite. De plus, six échelles de symptômes sont aussi en relation avec la cohérence sémantique: l'anxiété, les troubles somatoformes, la dysthymie, l'abus d'alcool, les pensées psychotiques et la dépression psychotique. Quatre corrélations positives s'ajoutent à cette liste: la personnalité histrionique, la personnalité narcissique, la personnalité antisociale et la personnalité compulsive.

Ces quatre troubles de la personnalité, possédant des corrélations positives avec la cohérence sémantique, présenteraient une image de soi plus positive. Les personnes possédant ces troubles démontreraient un niveau de différenciation du soi qui ne reconnaîtrait pas les frontières des autres. Leur réalité tournerait autour d'eux, et les autres seraient des accessoires. Elles ne trouveraient pas de validation de leur conception dans l'environnement. Elles se raccrocheraient alors à leur conception positive mais immature d'elles-mêmes (Guidano et Liotti, 1983).

Seule l'échelle de désordre de personnalité paranoïaque ne présente aucune corrélation significative avec les indices de cohérence du TERCI. Ce résultat est surprenant puisqu'il contredit ce qui avait été observé antérieurement par Hould (1979) avec le MMPI. Aucune corrélation n'existe entre cette psychopathologie et la confusion en relation avec des personnes significatives. L'échelle des illusions psychotiques, qui sont habituellement considérées paranoïaques, n'est en relation qu'avec l'indice de confusion de l'image du partenaire de l'échantillon d'hommes.

Rôle des descriptions sur les relations entre la cohérence et les échelles de psychopathologie

Les quatre descriptions possèdent chacune un indice de confusion dont la somme constitue le score brut de l'indice de cohérence sémantique. La relation entre la cohérence et les psychopathologies peut être influencée par le sexe du sujet et le choix des personnes significatives décrites.

L'indice de confusion de l'image de la mère est le résultat de la dernière des quatre descriptions utilisant le même questionnaire. Selon Knowles (1988) la progression dans un questionnaire amène une clarification des schèmes utilisés et une augmentation de la consistance interne. Par contre, l'indice de confusion de l'image de la mère possède plus de corrélations positives que la troisième description, celle du père. Il semble que ce ne sont pas les schèmes du questionnaire qui soient en cause, mais ceux concernant la mère. Les scores de consistence interne étant standardisés pour chaque description séparément, ils sont tous égaux, soit une moyenne de 6 et un écart-type de 2.

L'indice de confusion de l'image du père possède le moins de corrélations significatives pour les deux sexes. Cet indice regroupe six corrélations significatives chez les femmes et deux chez les hommes. L'indice de cohérence sémantique possède le plus grand nombre de corrélations significatives (n=15) dans l'échantillon d'hommes, suivi de l'indice de confusion de l'image de la mère (n=10). L'échantillon d'hommes ne possède que six corrélations significatives avec l'indice de confusion de l'image de soi et six autres avec l'indice de confusion de l'image du partenaire. Les indices possédant le plus grand nombre de corrélations significatives dans l'échantillon de femmes sont la cohérence sémantique (n=13), l'indice de confusion de l'image de soi (n=13), suivi de l'indice de confusion de l'image du partenaire (n=12) et de l'indice de confusion de l'image de la mère (n=9).

Rôle du sexe sur les relations entre la cohérence et les échelles de psychopathologie

La division de l'échantillon selon le sexe des sujets permet de vérifier si certaines corrélations sont présentes chez les deux sexes. L'échelle de personnalité histrionique, l'échelle d'abus de drogues et l'échelle d' hypomanie ne présentent des corrélations significatives que dans l'échantillon de femmes. L'échelle d'abus d'alcool et l'échelle d'illusions psychotiques ne présentent quant à elles des corrélations significatives que dans l'échantillon d'hommes.

Ce regroupement des corrélations suggère à première vue que les psychopathologies ne sont pas reliées aux mêmes facteurs chez les deux sexes. Trois relations démontrent des corrélations significativement différentes pour les deux sexes. La corrélation entre l'indice de confusion de l'image du père et la personnalité histrionique est plus élevée chez les femmes. Ce groupe possède aussi une corrélation entre l'indice de confusion de l'image de soi et l'échelle d'abus de drogues supérieure à celle des hommes. Par contre, les hommes démontrent une corrélation entre l'indice de confusion de l'image du père et l'échelle d'abus d'alcool supérieure à celle des femmes. En fait sur plus de 700 sujets, la cohérence des hommes présente une moyenne de 13.9 et chez les femmes de 14.8. L'écart n'est pas significatif (F=2.19, p=0.136) (Hould, 1979, voir tableaux 76 et 105). Ainsi les différences entre les hommes et les femmes seraient dues spécifiquement aux types de troubles psychologiques.

Limites et originalité de cette recherche

Cette recherche demeure exploratoire. Elle est corrélationnelle, ainsi elle ne peut pas impliquer une causalité. De plus une troisième variable pourrait contribuer aux corrélations.

La considération des variables cognitives en relation avec les psychopathologies est relativement récente. La présente étude s'attardait plus à la structure cognitive qu'au contenu de la pensée. Par contre, la structure cognitive semble dépendre jusqu'à un certain point du contenu. La cohérence dans la représentation des autres personnes significatives implique la structure cognitive du soi (Kuiper et Rogers, 1979). Il semblerait que les schèmes du soi qui servent à la différenciation du soi relèvent des interactions auprès des personnes significatives (Epstein, 1980; Kerr, 1981). La cohérence sémantique, qui considère la description significatives et du soi, pourrait être une mesure du fonctionnement global de la structure cognitive. Un bon niveau de cohérence représenterait une différenciation du soi.

Les corrélations positives relevées auprès des quatre troubles de personnalité démontreraient une différenciation du soi limitée par l'incapacité de transiger avec les autres du même milieu. La description de personnes moins importantes pour l'individu confirmerait ou non le rôle attribué aux personnes significatives.

Plusieurs aspects devront être vérifiés avant de considérer la cohérence sémantique comme une mesure adéquate du fonctionnement global de la structure cognitive. La présente étude a utilisé un échantillon restreint considérant la variété de scores possibles au MCMI. De plus, certaines échelles du MCMI démontrent un alignement limité des scores. Ces facteurs peuvent diminuer l'ampleur des corrélations de Pearson et empêcher d'atteindre un seuil de signification.

Enfin, la corrélation de Pearson se limite à une relation linéaire. La relation entre la cohérence sémantique et les différentes psychopathologies pourrait être exponentielle. Chaque trouble psychologique peut être étudié séparément, selon les corrélations relevées, afin d'évaluer la valeur de prédiction de la cohérence par des régressions.

De plus la contribution de la désirabilité sociale au score de cohérence sémantique n'est pas délimitée. La consistence de réponses selon Knowles (1988) n'y est pas entièrement attribuable.

Perspectives de recherche

Lors du processus de réponse, l'individu fait appel à des schèmes concernant les personnes mentionnées. Lorsque ces schèmes sont clairs, l'individu devrait être en mesure de les transmettre. Car comme Jackson (1986) et Jones (1982) l'affirment, les individus sont capables de distinguer les nuances entre les items. La confusion dans la description de certaines personnes significatives est en relation avec des psychopathologies. Selon les théories systémiques (Kerr, 1981; Epstein, 1980) ceci serait attribuable à l'indifférenciation du soi où il existe un lien émotif instable entre le soi et les personnes significatives.

De plus, une image de soi positive peut favoriser la consistance des réponses par l'entremise de la désirabilité sociale sans pour autant être un indice d'adaptation. Une estime positive du soi deviendrait adaptative lorsqu'elle permet la différenciation du soi, ce qui favoriserait l'élaboration d'une structure cognitive cohérente afin de transiger efficacement avec l'environnement. La relation de la désirabilité sociale et de la cohérence sémantique demeure ambiguë. La contribution de la désirabilité sociale à la cohérence sémantique peut être étudiée par une corrélation entre un indice de désirabilité sociale et l'indice de cohérence sémantique.

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