Lafontaine, Michel - 1978 -

Influence de la "subjectivité" sur la perception des relations interpersonnelles.

Mémoire présenté en vue de l'obtention du grade de Maîtrise en Psychologie (M. A.)

DÉPARTEMENT DE PSYCHOLOGIE

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC A TROIS-RIVIÉRES

Résumé

La recherche présentée dans les pages précédentes, repose sur l'idée générale que la perception dépend tout autant de celui qui pose l'acte perceptuel, que du stimulus ou de la situation perceptuelle en elle-même. En effet, optant pour le fait que celui qui exécute l'acte perceptuel est davantage porté à percevoir chez les autres les comportements qu'il connaît le mieux, l'hypothèse de la recherche posait que la perception que se fait un individu de la tension observée chez un autre couple en interaction qu'il observe pour la première fois, est semblable à celle qu'il expérimente dans sa propre relation de couple. La ressemblance entre ces deux perceptions serait alors considérée comme étant de la "subjectivité", ou encore une même façon pour l'individu de percevoir les autres et de se percevoir lui-même.

L'expérimentation a donc été bâtie en fonction de l'hypothèse : d'abord, aller chercher chez les gens interrogés, une perception de leur propre couple, et ensuite, leur demander de poser un jugement sur un autre couple préalablement enregistré sur ruban vidéo. Les résultats bruts aux deux tests ont donc été compilés en fonction de la variable "subjectivité", et les conclusions suivantes furent tirées de l'analyse de ceux-ci.

D'abord, il fut démontré, très significativement, que le fait que les différents sujets interrogés vivent un type précis de relation de couple, avec ce qu'il en coûte aux partenaires, influence leur façon de percevoir un autre couple qu'ils observent pour la première fois. Cependant, et ce à l'opposé de l'hypothèse de départ, cette influence ne se fait pas sentir en fonction d'une similarité de l'autre couple avec la propre façon de l'individu de concevoir son couple, mais bien plutôt en fonction d'une différentiation. De plus, il fut également démontré que ce même phénomène est aussi actif chez les hommes que chez les femmes, du moins en ce qui concerne le type assez particulier de sujets interrogés.

En guise de conclusion à toute cette démarche, il apparaît encore plus catégoriquement que toute étude reliée au phénomène de la perception interpersonnelle, doit être construite très méthodiquement. Croire que l'individu qui pose un acte perceptuel, va tout simplement "projeter" sa propre façon d'être et de vivre sa relation de couple, lorsqu'il doit émettre un jugement sur un autre couple, est tout à fait erroné à la suite de cette recherche.

De la même façon, l'individu qui oriente une recherche dans le domaine de la "perception interpersonnelle", se voit aussitôt confronté à un niveau beaucoup plus élevé de difficulté. En effet, en plus de réaliser qu'il est difficile de mesurer des comportements humains, celui-ci sera confronté à des phénomènes dits "cognitifs", c'est-à-dire reliés au système de traitement de l'information de l'être humain. Voilà ce deuxième niveau de difficulté, et il en est un de taille si l'on réalise que dans la "perception interpersonnelle", le point de départ de l'acte perceptuel est un être humain, et le point d'arrivée encore un autre humain. De plus, tout au long du processus, différentes variables interviennent pour le brouiller. En d'autres termes, si dans la "perception d'objet" il est relativement facile de déduire des lois, ce n'est pas du tout le cas pour la "perception interpersonnelle", et encore moins pour la "perception de la relation existant entre deux individus".

Après une telle démarche, il apparaît encore plus évident que dans la "perception", c'est-à-dire dans la façon dont l'individu en arrive à prendre contact avec son environnement, celui qui exécute l'acte perceptuel a son mot à dire sur le produit fini, pour employer une expression connue.

Le processus perceptuel n'est pas un processus conditionné entièrement par des facteurs ambiants. Au contraire, l'individu y tient un rôle actif et déterminant, car c'est lui-même qui fixera. les segments de l'environnement auxquels il voudra bien répondre.

Enfin, étudier un tel phénomène demande, de la part de tout chercheur, d'élaborer des schémas expérimentaux qui tiendront compte de l'ampleur et de la complexité du phénomène perceptuel et, devant une telle tâche, on ne peut que se remémorer ce que Secord et Backman (1964) notaient lorsqu'ils faisaient le point sur les différentes façons d'analyser la perception, à savoir que le troisième pôle possible d'investigation de l'acte perceptuel, soit l'analyse de celui-ci sous l'angle de "celui qui perçoit", était la tendance la plus délaissée de la part des différents chercheurs. Pourtant, ceci n'enlève pas pour autant le caractère déterminant de ce troisième pôle d'investigation. Il est dès lors rassurant de croire que cette recherche puisse fournir des renseignements pertinents a ceux qui seraient intéressés par un tel phénomène.

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