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Labonté, Stéphane Trait d'anxiété et troubles de la personnalité UNIVERSITÉ DU QUÉBEC MÉMOIRE PRÉSENTÉ À L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE EN PSYCHOLOGIE
Cette recherche visait à évaluer la relation existante entre le trait d'anxiété et la présence de troubles de la personnalité. Le contexte théorique distingue d'abord l'anxiété de la dépression. D'un côté, plusieurs instruments de mesure des traits d'anxiété et de dépression ne permettent pas une discrimination suffisante (Barlow, 1985; Dobson, 1985), ce qui fait prétendre à certains auteurs que ces deux états affectifs sont semblables (Barlow, 1986; Foa et Foa, 1982). Cependant, l'expérience clinique suggère que des cas typiques d'anxiété et de dépression existent et qu'il s'agit bien de deux troubles distincts (Klerman, 1980; Beck et Emery, 1985). Les conclusions des recherches de Tellegen (1985) et de Riskind (1987) et de Beck (1970) se recoupent en ceci que l'anxiété représente une tentative d'adaptation aux situations problématiques, tandis que la dépression implique un renoncement des efforts d'adaptation jugés inutiles pour le dépressif. Les tenants de l'approche éthologique reconnaissent la fonction adaptative de l'état d'anxiété (Darwin, 1872; Lorenz, 1980) en ce sens que les peurs et les symptômes d'anxiété peuvent signifier un ensemble de stratégies de comportement destinées à préserver la survie de l'être humain. Certains psychanalystes (Freud,1959; Freud, 1965) attribuent à l'état d'anxiété un rôle fonctionnel et utilitaire puisque la perception du danger incite le sujet à se protéger contre sa propre vulnérabilité en mobilisant ses ressources afin de faire face au danger. Dans cette perspective, l'état d'anxiété semble considéré comme une capacité émotive innée nécessaire à l'adaptation. Le trait d'anxiété peut être intéressant pour apprécier le caractère plus ou moins excessif de l'anxiété chez un individu donné selon l'importance de celui-ci et de son impact sur le fonctionnement quotidien (Beck et Emery, 1985). Si l'état d'anxiété réfère à un état émotionnel transitoire associé à un processus d'adaptation, le trait d'anxiété réfère pour sa part à une disposition à se comporter de manière anxieuse avec constance dans une multitude de situations où une réponse plus appropriée est requise (Spielberger, 1970). Les points de vue de Mefferd (1979) et de Beck et Emery (1985) suggèrent à cet effet que la chronicité du trait d'anxiété implique un dysfonctionnement de la personnalité dans son ensemble. D'autre part, le contexte théorique s'attarde à la théorie de l'apprentissage biosocial (Millon, 1969, 1981) , et ce, pour plusieurs raisons. Entre autres, le modèle biosocial aboutit à un système de classification des troubles de la personnalité correspondant à celui que propose le DSM-III (A.P.A., 1980), En second lieu, cette théorie propose un rationnel établissant systématiquement des liens entre l'anxiété et les divers désordres de personnalité décrits par le DSM-III. De plus, Millon (1983) suggère un instrument psychométrique, le Millon Clinical Multiaxial Inventory, permettant l'opérationalisation des troubles de personnalité. Le trait d'anxiété s'exprimant sous la forme de rapports verbaux fut évalué par l'utilisation conjointe du Clinical Anxiety Scale (Thyer, 1986) et du Self-Rating Anxiety Scale (Zung, 1971) . Enfin, considérant la nature de l'influence qu'elle peut avoir sur l'anxiété, la variable dépression fut mesurée à l'aide du Beck Dépression Inventory (Beck et al., 1961; Beck, 1967). Au niveau de l'expérimentation, l'échantillon se compose de 100 sujets (69 femmes, 31 hommes) dont 60% proviennent de E.P.S.A., 25% de l'U,Q.T.R, et 15% du milieu hospitalier. Pour des raisons méthodologiques reliées à la nature de cette recherche, une attention particulière fut portée au recrutement de sujets dont la sévérité de l'anxiété varie; autrement, une constante aurait été introduite dans les calcul des corrélations, minimisant ainsi le phénomène de covariation que l'on cherche justement à observer, L'analyse des résultats confirme l'hypothèse selon laquelle il y a un lien significatif entre le trait d'anxiété et la présence de certains troubles de personnalité, Ainsi, elle tend à vérifier empiriquement le rationnel découlant du modèle biosocial. En effet, les corrélations de Pearson indiquent, conformément au modèle biosocial, que les échelles de personnalité évitante, passive-agressive, dépendante et limite se relient positivement avec les mesures du trait d'anxiété, tandis que les échelles de personnalité histrionique, narcissique et antisociale présentent des corrélations négatives. Quant aux personnalités schizoide et schizotypique, elles présentent des corrélations positives modérées avec les mesures de l'anxiété. L'analyse indique une absence de corrélations significatives pour les personnalités paranoide et compulsive. D'autre part, les corrélations partielles permettent d'isoler statistiquement la variable dépression mais ne changent pas substantiellement les conclusions. La confirmation substantielle du modèle biosocial concernant les liens entre l'anxiété et les désordres de personnalité suggère que les échelles du MCMI possèdent une bonne validité de construit, du moins pour neuf (9) échelles de personnalité sur onze (11). Les résultats de l'expérimentation s'associent à des retombées sur l'intervention du fait que cette batterie de tests peut s'avérer utile pour établir la relation entre une anxiété pathologique et les désordres de personnalité décrits sur l'Axe II du DSM-III. La formulation rapide d'hypothèses cliniques peut contribuer à l'établissement d'un plan de traitement, à la vérification des hypothèses tout au long du processus d'intervention et aussi à la mesure des changements chez le client. Cette recherche présente toutefois des limites au niveau de la validité discriminative de certaines échelles du MCMI, Ainsi, une matrice d'intercorrélations révèle que la validité discriminative entre les échelles de personnalité évitante, passive-agressive, dépendante et limite apparaît plutôt faible, Ceci signifie que plus les sujets obtiennent des scores élevés sur l'une de ces échelles, plus ils tendent à obtenir des scores élevés sur les autres. De même, la validité discriminative semble plutôt faible entre les échelles de personnalité narcissique, histrionique et antisociale, Cependant, ces dernières échelles présentent des corrélations négatives avec les échelles de personnalité évitante, passive-agressive, dépendante et limite; ce qui signifie que la validité discriminative est meilleure entre les deux séries d'échelles de personnalité. Les limites observées au niveau de la validité discriminative entre certaines échelles du MCMI remettent en question la pertinence de la classification des désordres de personnalité du DSM- III. La nature des intercorrélations obtenues illustre la perméabilité des frontières qui séparent certains troubles de personnalité (ex: évitante/dépendante, narcissique/histrionique...). Une explication plausible aux fortes corrélations est que le MCMI ne parvient pas à distinguer l'un de l'autre certains prototypes de désordres de personnalité décrits dans le DSM-III. Dans ce cas, d'autres recherches psychométriques mériteraient d'être mises sur pied afin de raffiner les échelles de personnalité du MCMI. Toutefois, il s'avère possible que certains prototypes supposément distincts se ressemblent beaucoup dans les faits et que le MCMI rende justice à ces ressemblances. Dans ce dernier cas, des travaux supplémentaires pourraient être menés dans le but de réviser la classification et la description des troubles de personnalité en tenant compte davantage de la variable anxiété. |
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