Isabelle, Louise - 1989 -

Validité de convergence de deux systèmes de mesure de la complexité cognitive.

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC

MÉMOIRE PRÉSENTÉ À L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE EN PSYCHOLOGIE

 

Cette recherche s'est intéressée à la définition et à la mesure du concept de complexité cognitive. Après avoir consulté les écrits relatifs à ce domaine, une définition bi-dimensionnelle de ce concept a été retenue. Ainsi, dans la présente étude, la complexité cognitive fait référence au double processus de différenciation et d'intégration des construits personnels. En effet, il y est supposé que la différenciation cognitive, c'est-à-dire la capacité d'élaborer des perceptions interpersonnelles nuancées, nécessite une intégration sous-jacente des constructions interpersonnelles. Compte tenu de cette définition, deux méthodes bi-dimensionnelles de complexité cognitive (c'est-à-dire le Terci et le Rep Test) ont été comparées afin d'en examiner la validité de convergence.

Les résultats de la recherche ne confèrent malheureusement pas au Terci et au RepTest la validité attendue pour en faire des représentants de la complexité cognitive scientifiquement reconnus. L'analyse détaillée des scores recueillis accorde une certaine validité de convergence aux indices de différenciation cognitive (FIC et C.C.) des deux tests étudiés. Cependant, il semble que des scores de différenciation "élevés" obtenus par le biais de ces instruments reflètent tantôt la différenciation réelle du système cognitif, tantôt la confusion de la pensée. De plus, les indices d'intégration cognitive (0 et C.S.) dérivés des mêmes tests, et qui auraient pu suppléer à ce manque de discrimination ne sont pas validés par cette étude.

Cependant, d'autres observations relatives aux résultats de cette recherche laissent croire que l'utilisation conjointe d'une mesure de différenciation et d'une mesure d'intégration cognitives, comme moyen d'investigation de la pensée, représente une piste prometteuse qui mérite d'être explorée davantage. A cette fin, il apparaît qu'un Terci légèrement modifié pourrait représenter un outil particulièrement intéressant. En plus de comporter un critère externe d'évaluation susceptible de rehausser" sa validité, ce test représente une méthode simple, ce qui lui confère un atout sur la majorité des procédés de mesure de la complexité cognitive. Enfin, la discussion connexe aux résultats de cette recherche incite également à poursuivre l'examen de la validité du Terci et du Rep Test comme instruments de mesure de la complexité cognitive.

En plus de fournir des conclusions pratiques et des suggestions de recherches qui s'adressent à la validité des mesures de complexité cognitive, cette étude a suscité certaines réflexions ayant trait à la pertinence du concept de complexité cognitive. D'abord, il semble qu'au plan sémantique ce concept est par essence porteur d'ambiguité. Effectivement, le terme "complexité cognitive" peut suggérer deux connotations tout à fait opposées. D'un côté, il faut tenir compte que le mot "complexité" contenu dans le vocable " complexité cognitive " s'associe facilement à l'idée de complication et donne alors à ce concept une note péjorative. En ce sens, ce dernier sous-entendrait surtout des structures cognitives complexes qui portent trop l'individu à la dissonance cognitive et à la confusion du système de représentation.. Cependant, dans l'esprit de Bieri ( 1955 ) qui a introduit le terme de "complexité cognitive", cette expression demeure liée à la multiplicité des construits personnels. Dans la perspective de ce chercheur, un plus grand nombre de construits personnels conduit l'individu à une meilleure différenciation interpersonnelle et, conséquemment, à une prédiction plus exacte des comportements d'autrui. Considéré de la sorte, le terme "complexité cognitive" revêt donc un aspect positif qui vient en contradiction avec l'interprétation précédente de ce concept. De plus, il semble que l'ambiguïté relative à ce concept ne fait que traduire le défaut de discrimination qui affecte son mode original d'opérationnalisation (Bieri, 1955) ainsi que les méthodes de mesure qui s'en inspirent (ex.: la mesure FIC de Landfield [1971] et la mesure C.C. de Hould [1979]). En effet, comme il a été souvent mentionné dans ce travail, il est impossible de déterminer si les scores de complexité "élevés" qui dérivent de ces mesures unidimensionnelles indiquent la différenciation ou la confusion de la pensée.

Les réflexions provoquées par cette recherche amènent également à considérer un point de vue émis par O'Keefe et Sypher (1981). Ces auteurs prétendent que le terme de complexité cognitive est mal choisi pour représenter la différenciation du système de construits. Ils présument alors que la complexité de ce système devrait être jugée sur de nombreux aspects, outre sa différenciation. Ils parlent entre autres du contenu des construits et de leur niveau d'abstraction. Vu sous cet angle, le concept de complexité cognitive serait constitué d'un grand nombre de traits distincts, les uns des autres. Il semble donc que tous les tests actuellement en usage ne couvrent pas entièrement ce concept. L'opérationnalisation d'une telle définition de ce concept représente une difficulté majeure, sinon insurmontable.

Bref, l'ambiguïté sémantique relative au concept de complexité cognitive et les problèmes de mesure qu'il occasionne incitent à remettre en question la pertinence de ce dernier. Il apparaît, du moins en ce qui concerne la présente étude, que le concept de " différenciation cognitive " serai t plus approprié que celui de " complexité cognitive " pour représenter le processus cognitif bi-dimensionnel mesuré par le Terci et le Rep Test. Après tout, il faut rendre compte que la combinaison des indices de différenciation et d'intégration cognitives fournis par ces deux tests est orientée vers la connaissance d'un même aspect du traitement de l'information: la différenciation du système de construits personnels.

Pour terminer, il importe de répéter que l'utilisation d'une mesure bi-dimensionnelle représente une avenue prometteuse pour capter la différenciation des structures cognitives. Une meilleure connaissance de cette fonction devrait permettre ultérieurement de préciser son rôle dans la mésadaptation psychologique et, peut-être même, fournir une orientation cognitive nouvelle à la psychothérapie.

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