Côté, Maryse - 1991 -

Perceptions interpersonnelles, violence subie et tolérance des femmes violentées en milieu conjugal.

 

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC

MÉMOIRE PRESENTÉ À L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE EN PSYCHOLOGIE

 

Cette étude visait avant tout à fournir des éléments de compréhension supplémentaires à la complexité de la violence conjugale et de la tolérance des femmes violentées envers celle-ci. Pour ce faire, l'objectif consistait, entre autres, à vérifier s'il existe des liens entre les perceptions interpersonnelles des femmes violentées et la perception de violence subie, et si celles-ci sont associées à l'intention et au choix de ces conjointes de retourner vivre auprès de leur partenaire ou de quitter celui-ci.

Il importait tout d'abord de débuter cette démarche par l'élaboration de l'inventaire des diverses facettes de la problématique de la violence conjugale envers les femmes, au-delà des éléments qui concernent directement les variables de la recherche, afin d'en comprendre la complexité. Ce relevé de la situation comprenait la présentation de la problématique, les caractéristiques des femmes qui subissent cette forme de violence, et les variables reliées à leur tolérance. Sept hypothèses mettant en lien les diverses variables étudiées, soit les perceptions interpersonnelles, la violence subie, l'intention et le choix des sujets de retourner ou non auprès de leur conjoint, complétaient cette partie.

Les sujets de cette étude, au nombre de 36, provenaient d'un centre d'hébergement pour femmes violentées en milieu conjugal. Pour répondre aux objectifs de cette recherche, deux tests étaient utilisés. Le Terci (Test d'Evaluation du Répertoire des Construits InterpersonneIs) (Hould, 1979) évaluait les perceptions interpersonnelles des femmes violentées, et le ISA (Index Spouse Abuse) mesurait la perception du type et de l'intensité de violence subie par celles-ci. L'expérimentation s'est déroulée en deux temps, soit à l'arrivée au centre et après le séjour. Pour chacun des moments de l'expérimentation, les sujets répondaient aux deux tests. De plus, chacun complétait un questionnaire d'informations générales, dans lequel étaient relevées, entre autres, l'intention des sujets à leur arrivée au centre, de retourner auprès de leur partenaire ou de le quitter, et leur décision à la fin du séjour.

La valeur des résultats par rapport aux perceptions interpersonnelles des femmes violentées confirme déjà la particularité de cette population. Par ailleurs, suite à l'expérimentation, les résultats soutiennent chacune des hypothèses avec quelques nuances. En outre, l'intensité de violence subie semble reliée à l'image que les femmes violentées ont d'autrui et non à leur image d'elles-mêmes. Par contre, l'image de soi serait associée au changement de perceptions de l'intensité de violence subie. D'autre part, il apparaît manifeste que la variable ambiance reliée aux dyades est correlée négativement avec la violence subie.

Par ailleurs, le séjour au centre produit un impact sur l'image de soi des femmes violentées et non sur la perception qu'elles ont d'autrui. En effet, le séjour s'avère positif en ce qui a trait à la modification de l'image de soi. D'ailleurs, lorsque l'ensemble des sujets est considéré, celle-ci se distingue moins de la population générale suite au séjour. Toutefois, il semble que l'impact du séjour sur l'image de soi est plus susceptible d'être positif si la période de temps passée au centre s'avère peu prolongée.

Dans une étude, Lefebvre (1980) relève déjà des liens entre les perceptions interpersonnelles des femmes et leur choix de divorcer ou non. La présente étude révèle que l'élément de violence subie constitue un facteur supplémentaire relié au choix des femmes de maintenir ou d'interrompre leur relation conjugale. De plus, cette recherche a permis de mettre à jour certaines variables en lien avec la tolérance des femmes violentées face à leur relation abusive.

Ainsi, l'intensité de violence subie apparaît déterminante dans l'intention et dans la décision des conjointes abusées face au retour avec leur partenaire. En fait, celles qui désirent et celles qui choisissent de retourner avec celui-ci considèrent l'abus subi comme moins intense que ces autres qui, soit ont l'intention de quitter leur conjoint, ou soit le quittent effectivement après le séjour au centre. De plus, au moment de prendre la décision réelle à la fin du séjour, l'image du partenaire devient également un élément important. Les femmes violentées qui retournent auprès de leur conjoint perçoivent celui-ci sous un angle plus positif.

Par ailleurs, les perceptions interpersonnelles sont reliées à l'intensité de la violence subie de même qu'à leur décision de poursuivre la relation avec le conjoint. L'importance de ce lien devient d'autant plus évident si on considère l'intention initiale et la décision suite au séjour. En effet, celles qui modifient peu leurs perceptions durant leur séjour, maintiennent également leur intention première, soit de retourner auprès de leur conjoint ou de le quitter. Par contre, celles qui effectuent un plus grand changement au niveau de leurs perceptions, modifient leur intention du début du séjour. En fait, même si les femmes violentées qui maintiennent leur intention initiale améliorent significativement leur image de soi durant le séjour, celles qui modifient leur intention améliorent davantage leurs perceptions d'elles-mêmes. De plus, elles perçoivent aussi les autres plus positivement. Cette amélioration de l'image de soi et l'importance des perceptions sont d'autant plus apparentes chez les femmes violentées qui désiraient quitter leur conjoint, mais qui sont retournées auprès de lui. En effet, celles-ci démontrent qu'un changement considérable des perceptions interpersonnelles et de celles de l'intensité de violence subie s'accompagne d'une modification de l'intention première. De plus, ce changement doit s'avérer positif pour que l'intention de quitter se transforme en décision de retourner avec le partenaire.

D'autre part, cette étude a identifié certains agents de prédiction de la décision ultérieure des femmes violentées. En effet, la perception d'atouts et de potentiel plus considérable associée au partenaire à l'arrivée au centre favorise le retour des femmes violentées avec celui-ci à la fin du séjour. Par contre, celles qui quittent leur conjoint fournissent une perception plus négative de celui-ci dès l'origine du séjour.

L'évaluation de la violence et les perceptions interpersonnelles jouent un rôle sur le niveau de tolérance des femmes violentées et ainsi sur leur décision de quitter leur conjoint. Toutefois, contrairement à l'intensité de violence subie, évaluée par la fréquence et la sévérité, le type d'abus ne semble pas intervenir comme variable déterminante dans les diverses perceptions interpersonnelles et dans l'intention et le choix des femmes violentées de retourner auprès de leur conjoint ou de le quitter.

Il s'avère toutefois difficile de généraliser les conclusions de l'étude, en dépit des résultats significatifs de cette recherche. D'abord, le nombre restreint de sujets disponibles dans certains groupes ne peut permettre une comparaison adéquate et significative entre les diverses femmes violentées de cette étude, selon leur intention et leur choix de retourner ou de quitter leur conjoint. Par ailleurs, les sujets de cette recherche étant recrutés dans un centre d'hébergement, il est difficile également de généraliser les résultats à la population générale des femmes violentées en milieu conjugal.

De plus, il importe de souligner l'apport original de cette étude. En effet, celle-ci fournit des données inédites constituées d'éléments négligés auparavant, tels que les perceptions interpersonnelles des femmes violentées et celles qu'elles ont de la violence subie, les liens entre ces perceptions et avec l'intention et la décision des conjointes de retourner auprès de leur partenaire ou de le quitter.

Il serait toutefois intéressant, à l'intérieur de recherches ultérieures, de reprendre cette étude avec un nombre plus grand dans chaque groupe. Il conviendrait aussi de procéder également à une relance qui permettrait alors de constater si les liens persistent au-delà du séjour. De plus, il serait aussi pertinent d'utiliser les mêmes épreuves et les mêmes variables, en considérant cette fois les hommes qui violentent leur partenaire. Une telle démarche constituerait un élément de comparaison et compléterait la présente étude. Elle contribuerait à améliorer la compréhension des partenaires abusifs, par l'investigation de ce qui se produit pour eux.

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