Choquette, Claude - 1982 -

Perceptions interpersonnelles et satisfaction conjugale.

 

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC

MÉMOIRE PRÉSENTÉ À L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE EN PSYCHOLOGIE

 

Au cours des 10 dernières années, nombre d'auteurs ont tenté d'identifier et de circonscrire divers éléments susceptibles de déterminer la satisfaction des conjoints. Parmi ceux-ci, un nombre restreint de théoriciens s'attarde à l'étude systématique des perceptions interpersonnelles et à leurs rapports avec différents traits de la personnalité. Les travaux de Luckey (1960 - 1964) mettent en évidence l'importance de la congruence dans les perceptions interpersonnelles sur la satisfaction des conjoints.

Un échantillon de 35 couples issus de la population générale de la région de Trois-Rivières sert à la poursuite de nos objectifs. A l'aide d'un instrument de mesure de la personnalité et d'un inventaire de satisfaction conjugale, chaque répondant a fournit une description (perception) de lui-même, de son conjoint, de son père et de sa mère, de même que des informations précises relatives à la nature des satisfactions qu'il retire à l'intérieur de la dyade.

Hould (1979) démontre que les scores des femmes du groupe contrôle diffèrent significativement de ceux obtenus par les femmes du groupe en consultation matrimoniale. Le même phénomène se répète au niveau de la population masculine. La présente recherche vise à développer à partir du Terci, un indice de bon fonctionnement conjugal en fonction de chaque population, et de le mettre en relation aussi bien avec les variables pertinentes du Terci qu'avec les diverses facettes de la vie conjugale. L'inventaire de satisfaction conjugale a permis cette démarche. Il s'agissait donc de déterminer le rapport qui existe entre les variables du Terci et l'indice de bon fonctionnement d'une part, et de préciser le type de relation qui existe entre ces même indices et un critère externe de satisfaction d'autre part (Isc).

Bien que les hypothèses formulées antérieurement n'aient pu être confirmées, les résultats obtenus apparaissent concluants. En ce qui a trait à la population masculine, les données recueillies ont permis de faire ressortir notamment l'importance des variables "dominance de l'autre" et la " cohérence sémantique " sur la satisfaction ressentie par l'homme au sein du couple. Il a été démontré que lorsque l'homme perçoit sa partenaire comme étant plutôt dominatrice que soumise, il éprouve plus de satisfaction dans la relation conjugale et, cela, à un degré significatif.

De même, à partir des résultats obtenus par la population féminine, il a été démontré que lorsque la femme se perçoit comme étant simple au plan cognitif (groupe contrôle de Hould, 1979), elle ressent davantage de satisfaction à l'intérieur de la relation de couple (p <.01). Cette satisfaction concerne notamment les dimensions de la communication, la vie quotidienne, les loisirs, l'échelle globale de satisfaction et la dimension de la boisson, drogues et médicaments. Les résultats démontrent également que lorsque la femme se perçoit comme étant flexible (groupe contrôle de Hould, 1979), elle éprouve une satisfaction générale à l'intérieur de la relation. Cette satisfaction a trait d'une façon plus spécifique aux dimensions de la communication, la vie quotidienne, les loisirs et les amis (es). Des relations significatives sont aussi obtenues lorsque la cohérence sémantique, la dominance de soi, le coût soi-père et le coût soi-mère sont mis en relation avec diverses facettes de la vie conjugale.

Bien que les résultats obtenus démontrent l'existence de relations positives et significatives entre les scores obtenus par les sujets sur les variables du Terci et les diverses facettes de la vie commune, ils suggèrent que les concepts de bon fonctionnement et de satisfaction conjugale peuvent être considérés comme étant indépendants. En effet, seule la relation établie entre l'indice de bon fonctionnement féminin et la dimension "communication", permet l'émergence d'une corrélation significative à p < .05 (r = .29, p = .04). Par ailleurs quatre relations significatives à .05 < p < .10 sont obtenues. Celles-ci ont. trait à la relation entre l'indice de bon fonctionnement masculin et l'échelle globale de satisfaction (r = .26, p = .06).

Un phénomène analogue se produit lorsqu'il s'agit d'analyser la nature de la relation entre l'indice de bon fonctionnement féminin et la dimension "vie quotidienne" (r = 025, p = .07) et celle établie entre cet indice et l'échelle globale de satisfaction (r = .23, p = .08).

La présente étude nous amène à prendre conscience de la complexité inhérente à l'étude du couple, notamment lorsqu'il s'agit de mettre en relation des phénomènes humains et subjectifs, tels que la perception interpersonnelle et la satisfaction conjugale. Une telle étude exige de tout chercheur qu'il élabore un schéma expérimental précis dans lequel les termes et les concepts sont définis avec clarté et circonspection. A la lumière des observations faites par Kirkpatrick (1975) et Rossi (1965), les termes "adaptation", 'bonheur conjugal" etc. peuvent avoir des significations différentes selon les auteurs et les critères d'évaluation utilisés. Bien qu'une attention particulière soit portée à la définition des termes au cours de la présente recherche et bien que l'expression " indice de bon fonctionnement " soit clairement identifié, elle pourrait sans doute être remplacée par l'expression " adaptation conjugale ". Pourtant les concepts " d'adaptation conjugale " et de " bon fonctionnement " ne réfèrent pas nécessairement aux mêmes éléments dynamiques. C'est pourquoi, une investigation plus systématique des diverses relations vécues à l'intérieur du couple, notamment des types de satisfaction retirées par les conjoints, apparaît souhaitable. Une telle démarche est de nature à circonscrire et à approfondir la nature du concept de bon fonctionnement et d'adaptation conjugale en interrelation avec certaines dimensions de la vie commune telles qu'exprimées par les répondants.

En dernier lieu, cette recherche permet de déterminer dans quelle mesure certaines variables de la personnalité intervenaient lorsqu'elles sont mises en relation avec différentes dimensions de la vie conjugale. Elle permet également de préciser deux indices de bon fonctionnement. Bien que ceux-ci obtiennent un faible degré de cohérence interne, ils s'avèrent significativement reliés à des dimensions particulières de la vie commune. De plus il a été possible de ressortir les qualités psychométriques du Terci et de confirmer certains résultats obtenus antérieurement par Hould. Cette démarche favorise l'émergence d'un inventaire de satisfaction conjugale, à partir de deux tests à prime abord disjoints. Partant de là, elle nécessite la vérification des qualités métriques de l'Isc et la pertinence de son utilisation par des analyses statistiques préliminaires.